Dissociation structurelle d'ordre traumatique

Quand certaines parties de soi restent prises dans le passé

Mis à jour le 5 novembre 2026 · José Colleatte, Hypnothérapeute. Psychotraumatisme, anxiété, phobies & HPI

Vous pouvez raconter un moment de votre vie comme s’il était arrivé à quelqu’un d’autre. À un autre moment, une peur, une honte ou une réaction du corps vous submerge, alors que vous savez très bien que vous êtes adulte, ailleurs, et que cette situation est terminée.

Vous avez parfois beaucoup réfléchi à ce qui vous arrive. Pourtant, lorsque la réaction revient, ce que vous avez compris ne suffit plus à vous aider.

Dissociation structurelle d'ordre traumatique - illustration en noir et blanc

Je suis José Colleatte, hypnothérapeute et maître praticien en hypnose formé à l’ARCHE. Depuis 2016, j’accompagne toute personne en demande de changement et me suis spécialisé dans l’accompagnement des personnes confrontées notamment au psychotraumatisme simple ou complexe, à l’anxiété, aux phobies, à l’épuisement, aux particularités liées au haut potentiel intellectuel (HPI), ou à des difficultés qui résistent parfois à plusieurs accompagnements.

La dissociation structurelle décrit ce fonctionnement. Le modèle a été développé par Onno van der Hart, Ellert Nijenhuis et Kathy Steele, dans la lignée de Pierre Janet, et il oriente mon travail depuis ma lecture du Soi hanté, en 2012. Cette page explique ce qu’est la dissociation, ce que décrit le modèle, comment il se manifeste et se construit, ce qui l’entretient et comment retrouver de la continuité entre les parts.

Mon travail relève de l’accompagnement dans le champ des thérapies brèves intégratives. Je cherche moins à faire disparaître une difficulté qu’à comprendre ce qui l’a rendue nécessaire, la fonction qu’elle a pu avoir dans votre histoire et ce qui la maintient aujourd’hui.

Je m’appuie principalement sur l’hypnose conversationnelle ou formelle, des outils issus de l’EMDR, le travail avec les états du moi, les approches sensorimotrices, la pleine conscience et la communication non violente. Ces différentes approches permettent de travailler à plusieurs niveaux, selon ce qui émerge en séance et semble le plus pertinent pour vous : émotionnel, corporel, relationnel ou cognitif.

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José Colleatte

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Hypnothérapeute. Psychotraumatisme, anxiété, phobies & HPI

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Résumé en 30 secondes

La dissociation peut rendre des souvenirs ou des émotions inaccessibles, tandis que d’autres envahissent le présent. Le modèle structurel décrit des parties de soi dont les échanges sont plus ou moins poreux. Cette organisation se comprend avec le développement, les relations et les expériences qui ont dépassé les ressources disponibles. Les évitements peuvent l’entretenir. Savoir ce qui s’est passé, reconnaître que cela nous est arrivé et sentir que c’est terminé sont des possibilités différentes. L’accompagnement cherche davantage de liens, de coopération et de choix.

Qu’est-ce que la dissociation ?

La dissociation est une séparation entre des éléments de l’expérience qui sont d’ordinaire reliés. Les perceptions, les émotions, les pensées, les actions et les souvenirs ne se rejoignent plus tout à fait. Le sentiment que cette expérience nous appartient ou qu’elle se situe dans le passé peut aussi se modifier.

Qu’est-ce qui se trouve séparé de quoi ?

Lorsque vous évoquez une promenade agréable, le lieu revient avec des détails, des sensations et peut-être une émotion. Vous reconnaissez ce moment comme le vôtre, terminé, et pouvez en parler depuis la pièce où vous êtes aujourd’hui.

Dans une expérience dissociative, certains de ces liens se défont. Vous connaissez les faits sans retrouver l’émotion. Une peur surgit sans que vous sachiez d’où elle vient. Vous savez quand un événement a eu lieu et le ressentez pourtant comme s’il se produisait maintenant. Ce qui change, ce n’est pas seulement ce dont vous vous souvenez, c’est la manière dont vous le vivez.

Détachement et compartimentation

Le détachement, c’est se sentir loin de soi ou du monde. Dans la dépersonnalisation, vous vous sentez loin de votre corps ou de vos gestes, parfois comme un spectateur. Dans la déréalisation, l’environnement paraît irréel, comme derrière une vitre, alors que vous reconnaissez les lieux et les personnes.

La compartimentation, c’est autre chose. Certains souvenirs, une émotion ou une capacité d’agir deviennent inaccessibles dans une situation, alors qu’ils sont disponibles dans une autre, comme s’ils étaient rangés dans des compartiments séparés. Les deux peuvent se rencontrer chez la même personne, sans se confondre.

Existe-t-il une dissociation « normale » ?

Le mot désigne aussi des expériences ordinaires, qui n’ont en commun avec la dissociation structurelle que le nom. L’absorption en est une. Vous arrivez au bout d’un trajet familier sans vous souvenir de la route, ou vous êtes pris par un film au point de ne plus entendre ce qui se passe autour. Le détachement passager en est une autre. Après une nuit blanche, une crise d’angoisse ou la prise de certaines substances, beaucoup de personnes se sentent un moment loin d’elles-mêmes ou trouvent le monde irréel. Je développe ces expériences sur la page consacrée à la dépersonnalisation et à la déréalisation. Le mot s’emploie aussi pour la scène qui semble se dérouler au ralenti face à un danger, pour l’hypnose, sur laquelle je reviens plus bas, et pour les tiraillements ordinaires entre nos parts, comme vouloir manger et vouloir maigrir.

Les questionnaires qui mesurent la dissociation additionnent toutes ces expériences dans un même score, du trajet en pilote automatique au sentiment d’irréalité. C’est en partie de là que vient l’idée d’une dissociation « normale », présente à des degrés divers chez chacun. Van der Hart et ses collègues, eux, réservent le mot à la division de la personnalité. Pour eux, ces expériences ordinaires sont des variations de la conscience. Elles passent le plus souvent d’elles-mêmes, et rien ne reste ensuite organisé autour d’elles.

En France, le mot dissociation désigne aussi, en psychiatrie, un symptôme de la schizophrénie. Ce n’est pas le sujet de cette page.

Qu’est-ce que la dissociation structurelle ?

Dans le modèle de van der Hart, Nijenhuis et Steele, la dissociation structurelle est une division de la personnalité en au moins deux parties, chacune avec son point de vue, insuffisamment reliées entre elles et qui se maintiennent dans le temps. Elle se forme lorsque la personne n’a pas pu intégrer suffisamment certaines expériences traumatiques, c’est-à-dire les relier au reste de sa vie, les reconnaître comme siennes et les situer dans le passé.

Une partie poursuit la vie quotidienne. D’autres restent davantage prises dans ce qui a été vécu et dans les réponses de défense correspondantes. Leurs souvenirs, leurs émotions et leurs possibilités d’agir ne sont pas également accessibles les unes aux autres. « Structurelle » désigne cette organisation durable du fonctionnement.

Comment la dissociation peut-elle se manifester ?

Certaines expériences deviennent inaccessibles, tandis que d’autres s’imposent dans le présent. La manière de se sentir soi peut aussi changer. Ces manifestations sont parfois discrètes, chez une personne qui fait pourtant face dans de nombreux domaines mais qui peut perdre ses moyens dans d’autres situations.

Ce qui devient inaccessible

Au cours d’un conflit, la personne peut se retrouver dans un état de sidération et perdre ses mots. Elle voudrait répondre, mais ne sait plus ce qu’elle pense ou pourrait demander. Plus tard, lorsqu’elle retrouve ses arguments, elle peut ressentir de la colère, retrouver la possibilité de dire non, et se reprocher de ne pas avoir réagi.

L’éloignement peut aussi concerner l’émotion. Des violences sont racontées avec précision, dans un calme qui peut étonner les accompagnants et la personne elle-même. Elle connaît les faits, mais tout se passe comme s’ils ne lui appartenaient pas vraiment. Certaines périodes peuvent rester floues, ou certains moments du quotidien devenir difficiles à retrouver.

Les cliniciens parlent de symptômes négatifs pour désigner ces pertes d’accès ou de fonction, qui peuvent concerner la mémoire, les sensations, les émotions et les possibilités d’action.

Ce qui fait irruption

Une image ou une parole intérieure s’impose, une honte remplit tout l’espace, le corps s’agite comme pour se préparer à fuir, à se protéger ou à combattre. De la peur peut émerger, ou au contraire de la colère, voire de la rage. La réaction paraît disproportionnée au regard des faits objectifs et de ce que la personne en comprend.

Certains flashbacks comportent des images ou des sons qui apparaissent très nettement. D’autres prennent la forme de réactions corporelles ou émotionnelles. Une proximité peut devenir insupportable, un ton de voix fait se sentir minuscule. Selon ce qui lui en est accessible, la personne peut avoir du mal à relier ces réactions à son histoire. Au-delà de la difficulté qu’elles représentent, ces intrusions, où quelque chose s’invite dans l’expérience en cours sans rapport direct avec le contexte, sont décrites en clinique comme des « symptômes positifs ».

Quand la manière de se sentir soi change

À un moment, la personne se sent adulte et capable de décider. À un autre, elle se retrouve petite, sans droit, convaincue qu’un refus entraînera une catastrophe. Elle n’est alors plus en mesure de se saisir de ses capacités.

Mais l’intensité, la répétition et l’organisation de ces décalages doivent être considérées ensemble. Une réaction isolée ne suffit pas, à elle seule, à décrire une dissociation structurelle.

Pourquoi parler de parties de soi ?

Parce que nous fonctionnons tous par parts, et que ce langage aide à comprendre ce que la dissociation peut séparer. Une part de vous souhaite se rapprocher de quelqu’un, une autre hésite. Une part veut manger, une autre voudrait maigrir. Le plus souvent, vous reconnaissez ces mouvements comme les vôtres, même lorsque leur conflit est difficile à résoudre.

Dans ma manière de travailler, une part désigne une manière particulière de percevoir, de ressentir, de se souvenir et de réagir, vécue de l’intérieur comme un « je », parfois très rudimentaire. Lorsqu’elle prend le devant de la scène, la personne vit le monde depuis ce point de vue. Ce qui paraissait supportable peut alors devenir menaçant, et ce qui semblait souhaitable, impossible.

Ce langage se retrouve notamment dans la thérapie des états du moi, le Voice Dialogue et l’Internal Family Systems. Une part n’a pas besoin d’apparaître comme un personnage, avec un nom, un âge et une histoire. Elle peut aussi se manifester par une tension dans le corps, une impression diffuse ou un réflexe difficile à mettre en mots.

Ce qui change dans la dissociation structurelle

Van der Hart et ses collègues donnent au mot partie un sens plus étroit. Pour eux, une partie dissociative est un ensemble de réactions, de souvenirs et de manières d’être qui tient dans le temps, reste mal relié au reste de la personnalité et possède son propre point de vue, même rudimentaire.

La différence se voit dans la manière dont ces parties communiquent. Une partie de la personne juge sa peur absurde ou honteuse. Mais lorsque cette peur prend toute la place, le recul de la première n’est plus disponible. La personne passe alors d’une position à l’autre sans disposer des mêmes informations ni des mêmes moyens, et elle a du mal à reconnaître ces deux façons d’être comme les siennes.

Dans ma lecture clinique, la question devient celle des liens possibles entre ces points de vue. La personne peut-elle reconnaître ces réactions comme les siennes, les relier à son histoire et trouver aujourd’hui des possibilités qu’elle n’avait pas autrefois ?

Ce que j’appelle « d’ordre traumatique »

J’emploie l’expression « d’ordre traumatique » dans un sens précis. Pour moi, il y a trauma chaque fois qu’une expérience a dépassé ce que le système nerveux pouvait porter, à cet âge-là et avec les appuis dont la personne disposait. Ce qui n’a pas pu être intégré à ce moment-là reste à part, plus ou moins séparé du reste. J’appelle d’ordre traumatique tout ce qui, dans notre manière de réagir ou de ressentir, est resté lié à un tel moment, quelle qu’ait été la gravité apparente de ce qui s’est passé.

Les traductions françaises du modèle parlent de dissociation « d’origine traumatique ». Je dis « d’ordre », parce que le mot dit que cela fonctionne comme un trauma, sans désigner de cause. Cela ne signifie pas qu’un événement grave a forcément eu lieu, ni qu’il faudrait le retrouver. C’est une définition de travail, que j’assume comme telle. Elle me sert à repérer ce qui est resté organisé autour d’un ancien débordement.

Reprenons manger et maigrir, et moins je maigris, plus je m’aigris. Cela change de nature quand l’un des deux côtés se comporte autrement. Manger devient plus fort que soi. Cela arrive dans un état où l’on n’est plus tout à fait là, pour calmer quelque chose d’ancien que l’on ne sait pas nommer. Vient ensuite une honte qui parle avec la voix de quelqu’un d’autre, et aucun raisonnement n’y change rien. Un des deux côtés est alors resté organisé autour d’un ancien débordement, et je parle d’une structure d’ordre traumatique. Ce sont ces signes, bien plus que le tiraillement lui-même, qui orientent mon travail.

Comment certaines expériences restent-elles à part ?

Une expérience peut rester à part lorsqu’elle dépasse ce que la personne peut relier et digérer à ce moment-là. Cette capacité se construit dans l’enfance, avec les relations et les ressources dont l’enfant dispose. Il faut donc regarder deux choses, ce qui a eu peu d’occasions de se construire, et ce que des événements plus tardifs ont pu défaire.

L’intégration se construit dans la relation

Un jeune enfant a peur, cherche un adulte, reçoit du réconfort, puis retourne jouer. La répétition de ces expériences lui permet de découvrir qu’un état peut changer, qu’un besoin peut être adressé à quelqu’un et qu’une expérience pénible peut avoir une suite.

La présence de l’adulte, son visage, ses gestes et ses mots aident l’enfant à faire ces liens. Le psychiatre Frank Putnam a décrit le développement comme un apprentissage du passage d’un état à un autre, du calme à la colère, de la peur au jeu. Peu à peu, l’enfant apprend à changer d’état en gardant ses repères et ses souvenirs.

Une partie de ce travail se fait avant le langage. Les mots et les histoires viennent ensuite relier les sensations, les émotions, les relations et les événements. Quand cette continuité est suffisante, un enfant en difficulté peut retrouver ce qu’il a appris dans d’autres moments, par exemple qu’un chagrin finit par passer.

Lorsque l’adulte est absent, imprévisible ou indisponible, l’enfant peut rester seul avec une peur, une colère ou un chagrin qu’il ne sait pas traverser. Sa détresse trouve peu de place. Surveiller l’humeur des adultes et s’y adapter peut alors occuper beaucoup de son énergie. Certaines manières d’être se développent ainsi côte à côte, avec peu de liens entre elles.

Dépendre de la personne dont on a peur

L’enfant qui attend la protection de la personne qui l’effraie doit à la fois se rapprocher d’elle et se protéger d’elle. Reconnaître pleinement le danger menacerait un lien dont il dépend encore.

Aimer ce parent et avoir peur de lui deviennent alors difficiles à ressentir en même temps. L’enfant retrouve un parent aimable à certains moments et met de côté ce qu’il a vécu à d’autres. Il peut aussi se croire responsable de ce qui arrive. Si tout vient de lui, il garde l’espoir de changer quelque chose pour retrouver l’amour ou la tranquillité.

À l’âge adulte, la personne peut avoir le plus grand mal à ressentir une colère pourtant légitime. Un besoin lui paraît honteux, dire non semble mettre la relation en danger. Elle connaît parfois les faits, sans pouvoir encore supporter ce qu’ils impliquent, par exemple qu’un parent aimé a aussi fait du mal.

Des études qui ont suivi des enfants depuis la petite enfance jusqu’à l’âge adulte vont dans ce sens. La qualité des soins reçus dans les deux premières années y prédisait la dissociation du jeune adulte bien mieux que les violences physiques ou sexuelles. Cela ne retire rien au poids des violences graves dans les formes les plus sévères. Certains chercheurs parlent de trauma caché, tissé dans les interactions de tous les jours, quand personne ne répond à la détresse d’un enfant. Il faut donc regarder l’histoire des relations autant que les événements de violence. Le vécu de l’enfant est développé sur la page du traumatisme de l’enfance, et les relations répétées sur celle du traumatisme complexe.

Ce qui peut dépasser les ressources disponibles

Pour intégrer une expérience, il faut pouvoir percevoir ce qui arrive, supporter l’émotion, trouver une réponse et relier ce moment au reste de sa vie. L’âge, la fatigue, la maladie, l’isolement, la répétition des événements ou l’impossibilité d’agir réduisent ces ressources. À l’inverse, être soutenu après coup peut aider à reprendre ce qui a été vécu.

Un événement peut donc déstabiliser une personne qui allait bien jusque-là, ou réveiller des fragilités plus anciennes. L’enfance et les événements de la vie adulte peuvent se combiner.

Pendant l’événement lui-même, la sidération peut rendre toute action impossible, et la personne peut se sentir loin d’elle-même ou de la scène. Le modèle structurel s’intéresse à ce qui reste organisé autour de ces moments, une fois qu’ils sont passés. Un enfant débordé ne peut pas s’arrêter. Il doit continuer, aller à l’école, rentrer à la maison, tenir. La part qui continue ressemble à ce que le modèle appelle la partie apparemment normale. Celle qui reste avec ce qui a été vécu ressemble aux parties émotionnelles.

La porosité entre les parties de soi

La porosité, c’est le mot que j’emploie pour dire à quel point les parties de soi communiquent entre elles. Ce qui m’intéresse, c’est ce qui passe de l’une à l’autre, sous quelle forme et dans quel sens. Les faits peuvent circuler, alors que l’émotion, le contexte ou le sentiment que « c’est à moi » restent bloqués.

Une information peut agir sans devenir un souvenir accessible

Savoir qu’un événement a eu lieu, en revoir la scène et sentir que c’est soi qui l’a vécu sont trois choses différentes. Une personne peut raconter les faits sans retrouver l’émotion, ou ressentir une peur sans savoir d’où elle vient. Cette peur oriente alors ses choix sans qu’elle la relie à son passé.

Des recherches menées auprès de personnes avec un trouble dissociatif de l’identité vont dans ce sens. Une information apprise dans un état influence les réponses dans un autre, alors que la personne dit ne pas s’en souvenir. Qu’une information passe, qu’elle soit reconnue et qu’elle soit vécue comme sienne ne vont donc pas forcément ensemble.

Nous apprenons tous beaucoup de choses sans le savoir. Dans la dissociation structurelle, ces apprentissages silencieux s’ajoutent aux changements d’état et aux expériences restées à part. Ce qui semble oublié d’un côté peut alors continuer d’agir autrement, par exemple en s’attendant à être rejeté, en se soumettant ou en se retirant.

Les échanges peuvent être asymétriques

Une partie peut savoir qu’une autre existe sans que l’inverse soit vrai. Elle peut la voir agir sans pouvoir intervenir. L’autre, de son côté, peut agir sans avoir accès à ce que la première sait du présent, par exemple que le danger est passé.

Ce déséquilibre touche aussi les ressources. Dans un état, la personne comprend sa peur et voit plusieurs façons d’y répondre. Dans un autre, ces solutions ne lui semblent plus réelles. Elle sait qu’elle pourrait demander de l’aide, mais elle ne le sent pas possible.

Nos capacités varient déjà selon notre état, chacun le sait après une nuit blanche ou une dispute. Dans la dissociation structurelle, ces écarts deviennent beaucoup plus marqués et se répètent, au point qu’il devient difficile de se sentir le même d’un moment à l’autre et de choisir librement ce que l’on fait.

Des frontières variables selon les moments

La fatigue, un rappel du passé, la qualité de la relation ou le soutien reçu modifient ce qui est accessible. Une expérience que la personne pouvait raconter un jour devient difficile à approcher le lendemain. Une émotion peut apparaître parce qu’elle se sent davantage en confiance, ou au contraire parce qu’elle n’a plus la force de la tenir à distance.

La séparation ne porte donc pas sur tout à la fois. La mémoire, l’émotion, les sensations, la possibilité d’agir et le sentiment que c’est à soi ne varient pas toujours ensemble. La porosité désigne cette circulation partielle, qui change selon les moments et ne va pas toujours dans les deux sens.

La porosité décrit cette circulation sélective, parfois changeante et asymétrique.

Les auteurs du modèle séparent nettement nos parts ordinaires et les parties dissociatives. Je vois plutôt une continuité entre les deux, avec des degrés de porosité. Mais deux changements marquent pour moi un vrai saut. Le premier, quand la personne ne se reconnaît plus dans ce qu’elle vit, « ce n’est plus moi ». Le second, quand elle ne sent plus la différence entre le danger passé et le présent, « ce n’est plus maintenant ». Ces deux repères aident à comprendre ce qu’elle vit, sans faire à eux seuls un diagnostic.

Se souvenir, raconter et reconnaître son histoire

Une expérience peut être parfaitement connue et rester pourtant difficile à intégrer. Pour qu’elle le soit, il faut que ce dont la personne se souvient, ce qu’elle ressent et le sentiment que c’est à elle se rejoignent, et que l’ensemble trouve sa place dans le passé.

Pierre Janet appelait synthèse ce travail qui relie les faits, les sensations, les émotions et le contexte, tout en sachant les distinguer. Remarquer qu’un ton de voix rappelle une menace ancienne, c’est relier deux expériences. Remarquer que la personne qui parle aujourd’hui n’est pas celle d’hier, c’est savoir les séparer.

La personnification, c’est pouvoir reconnaître une expérience comme la sienne, avec ce qu’elle implique pour soi. Une personne peut dire « je l’ai vécu » sans sentir qu’elle a été celle qui l’a vécu, avec les moyens qu’elle avait alors. C’est pourquoi un récit précis peut donner l’impression de parler de quelqu’un d’autre.

La présentification, c’est la capacité d’être dans le présent en sachant, et en sentant, que le passé est passé. Une personne connaît son âge et l’endroit où elle se trouve, mais une partie d’elle continue de réagir comme si la menace était toujours là. Se souvenir et revivre ne sont pas la même chose. Se souvenir, c’est voyager dans le temps en gardant la main, depuis aujourd’hui. Revivre, c’est être emporté là-bas, avec plus ou moins de présence à ce qui se passe ici. Les cliniciens parlent alors de reviviscence.

Ensemble, elles forment ce que Janet appelait la réalisation, le moment où la personne peut se dire « c’est arrivé, c’est à moi que c’est arrivé, et c’est fini ». Ce travail passe par le corps, l’émotion et les relations autant que par les mots.

Une absence de souvenir reste une absence de souvenir. Une émotion intense ne permet pas de reconstituer avec certitude l’événement qui lui correspondrait. Dans mon accompagnement, nous travaillons avec ce qui se présente, et l’hypnose n’est pas utilisée pour rechercher des souvenirs.

Je développe la mémoire traumatique, le récit et la place qu’un événement peut prendre dans l’identité sur la page consacrée à la mémoire traumatique.

D’où vient le modèle de la dissociation structurelle ?

Le modèle vient de Pierre Janet, qui décrivait dès 1889 la dissociation comme un défaut de synthèse, ce travail de liaison décrit plus haut. Les noms de « partie apparemment normale » et de « partie émotionnelle » viennent de Charles Myers, médecin des soldats de la Grande Guerre. Onno van der Hart, Ellert Nijenhuis et Kathy Steele en ont fait un modèle complet en 2006.

Janet observait des personnes chez qui certains souvenirs, certaines sensations ou certains gestes fonctionnaient à l’écart de la conscience. Il notait que la fatigue, le manque de sommeil, l’épuisement ou une émotion violente pouvaient affaiblir la synthèse pour un temps. Pour lui, le trauma était le cas d’une émotion si violente que l’esprit ne parvient pas à l’assimiler. Je raconte sur une autre page comment l’hypnose l’a conduit à ces observations.

Chez des soldats revenus du front, Myers voyait une personnalité « émotionnelle » prendre la place de la personnalité habituelle après le choc, puis une personnalité « apparemment normale » revenir et reprendre la vie, sans le souvenir de ce qui s’était passé.

Le modèle reste discuté. Certains auteurs voient dans les parties dissociatives une rupture avec la personnalité ordinaire, d’autres l’extrémité d’un continuum. Ma position se situe entre les deux, avec la porosité décrite plus haut. Je retrace l’histoire plus large du traumatisme complexe, de Janet à la CIM-11, sur la page qui lui est consacrée.

Que sont la PAN, les PE et les trois degrés ?

Le modèle distingue une partie apparemment normale, ou PAN, principalement orientée vers le quotidien, et des parties émotionnelles, ou PE, davantage prises dans les expériences traumatiques. Il décrit trois degrés de complexité dans leur organisation.

Continuer à vivre et rester pris dans la défense

La PAN travaille, prend soin des autres et répond aux obligations. Elle tend aussi à éviter ce qui la rapproche du trauma. Le mot « apparemment » rappelle ce que cette façon de tenir peut coûter. De l’extérieur, la personne fonctionne. De l’intérieur, beaucoup d’énergie sert à ne pas ressentir ou à garder certains souvenirs à distance.

Les PE restent attachées à certains moments du trauma et aux réactions de défense qui allaient avec, la peur, la fuite, le combat, le figement, la soumission ou le besoin urgent de se rapprocher de quelqu’un.

Ces noms disent surtout vers quoi chaque partie est tournée. Une PAN ressent aussi des émotions, et une PE peut penser, anticiper et organiser des conduites complexes. Steele et Boon préfèrent d’ailleurs, dans leur manuel, des noms descriptifs comme les parties qui fonctionnent au quotidien et celles qui restent fixées dans le temps du trauma. Les parties peuvent se relayer ou être présentes en même temps.

Primaire, secondaire et tertiaire

Dans la dissociation primaire, il y a une PAN et une PE, par exemple après un accident ou une agression unique. Dans la dissociation secondaire, il y a une PAN et plusieurs PE, chacune portant une réaction de défense différente, ce qui se rencontre plus souvent après des traumatismes répétés. Dans la dissociation tertiaire, la vie quotidienne elle-même se répartit entre plusieurs PAN, en plus de plusieurs PE.

Ces degrés ne sont pas des étapes par lesquelles il faudrait passer, et ils ne correspondent pas automatiquement à des diagnostics. Le trouble de stress post-traumatique complexe, tel que le définit la classification internationale des maladies de l’OMS (CIM-11), peut s’accompagner de dissociation, mais elle n’est pas nécessaire pour le diagnostiquer. Il ne se confond donc pas avec la dissociation secondaire.

La place du trouble dissociatif de l’identité

Le trouble dissociatif de l’identité, ou TDI, se caractérise par plusieurs états d’identité distincts, des ruptures importantes dans la manière de se sentir soi et d’agir, et des trous de mémoire qui dépassent l’oubli ordinaire, pour des événements traumatiques comme pour des moments du quotidien. Contrairement à l’image qu’en donnent les films, les changements sont souvent discrets, et certaines informations passent d’un état à l’autre.

La dissociation tertiaire correspond à l’organisation rencontrée dans le TDI. Van der Hart précise toutefois que certaines personnes qui reçoivent ce diagnostic relèvent, dans son modèle, d’une dissociation primaire ou secondaire. Compter les parties ne suffit donc pas pour poser un diagnostic.

Pourquoi ces séparations peuvent-elles persister ?

Parce que les protections mises en place pendant le danger peuvent continuer à fonctionner une fois qu’il est passé. La personne évite ce qui rappelle le trauma, mais aussi certaines émotions et certaines parties d’elle-même. Éviter soulage sur le moment, mais prive des occasions de vivre quelque chose de différent.

La peur peut gagner de nouveaux déclencheurs

Un ton de voix, une odeur, une expression du visage ou une proximité peuvent rallumer une alarme. Des situations très différentes peuvent aussi prendre le même sens pour la personne, se sentir coincée, dépendre de quelqu’un, risquer d’être humiliée. Le présent rappelle alors la menace sans ressembler aux faits anciens.

La peur s’étend ainsi par ressemblance, avec ce qui se voit, ce qui se sent dans le corps ou ce que la situation veut dire. Puis les sensations de l’alarme deviennent elles-mêmes inquiétantes. La gorge se serre, le cœur accélère, et la personne commence à avoir peur de sa propre peur. La page sur la généralisation de la peur développe ces chemins.

La phobie peut porter sur l’expérience intérieure

Dans le modèle structurel, la personne n’évite pas seulement des situations. Elle évite aussi ce qui se passe en elle, à la manière d’une phobie. Un souvenir semble capable de tout envahir. Une colère paraît dangereuse pour la relation. Demander de l’aide rapproche d’une fragilité insupportable.

Mais le soulagement que procure cette mise à distance entretient la difficulté. La personne a peu d’occasions de découvrir qu’une émotion peut être ressentie à une dose supportable, qu’un besoin peut recevoir une autre réponse, ou que ses moyens d’aujourd’hui ne sont plus ceux d’autrefois.

C’est en ce sens que je parle d’un évitement d’une émotion de type phobique. Ce n’est pas une résistance, c’est une protection. L’exposition progressive cherche à rendre cette rencontre possible, à petites doses, avec assez de présence et de soutien pour que quelque chose de différent puisse être vécu.

Des parties peuvent se craindre mutuellement

Une partie veut avancer et vit la peur d’une autre comme un obstacle humiliant. La partie qui a peur, elle, vit chaque tentative d’avancer comme un nouveau danger. Plus la première pousse, plus la seconde crie fort pour l’arrêter.

Chacune réagit à l’autre. La pression augmente l’alarme, et l’alarme renforce le besoin de contrôler. C’est aussi cette relation entre les parties qui les maintient séparées. Pour en sortir, il faut comprendre ce que chacune redoute, ce qu’elle cherche à préserver et ce qu’elle imagine qu’il arriverait si elle laissait une place à l’autre.

Quand l’attaque vient aussi de l’intérieur

Steele, Boon et van der Hart décrivent des parties qui imitent l’agresseur et reprennent ses paroles, son mépris ou ses exigences. « Tu es nul » finit par devenir « je suis nul ». Une phrase entendue de l’extérieur devient une vérité sur soi. Dans la lignée de Ferenczi, le mot introject désigne cette voix de l’autre installée à l’intérieur.

Cette voix intérieure peut pourtant chercher à protéger. En exigeant une conduite irréprochable, elle tente d’éviter un rejet. En dévalorisant, elle empêche de prendre un risque, ou maintient une image familière de la relation. Sa fonction se comprend dans l’histoire de la personne, et reconnaître ce qu’elle redoute permet peu à peu d’avoir un autre rapport avec elle.

Je développe les introjects et leur accompagnement sur la page du traumatisme complexe. Ils montrent comment le danger peut se prolonger à l’intérieur, longtemps après.

Conserver la boucle rappel, menace, protection ou évitement, soulagement immédiat et possibilités réduites d’une expérience différente. Cette boucle décrit un maintien.

L’hypnose est-elle une forme de dissociation ?

Dans ma lecture, l’hypnose et la dissociation structurelle s’appuient sur une même capacité, celle de diviser l’attention et l’expérience. En hypnose, cette division est choisie et réversible. Dans la dissociation structurelle, elle est subie et s’organise autour de ce qui n’a pas pu être intégré. Comme je pratique l’hypnose, la question revient souvent.

Il y a une parenté. Dans les années 1970, Ernest Hilgard décrivait en hypnose une part de l’attention qui peut agir pendant qu’une autre observe sans se manifester, ce qu’il appelait l’observateur caché. Le langage de l’hypnose dit d’ailleurs qu’une personne regarde une scène « en dissocié » quand elle la voit de l’extérieur, comme sur un écran, plutôt que de la revivre. Des états proches surviennent aussi sans aucune induction, au fil d’une conversation, quand une part prend la parole. C’est ce que je décris avec la transe spontanée.

La différence tient au cadre et à ce qui est séparé. En hypnose, la personne y entre et en sort, accompagnée. La capacité de se diviser est ordinaire. C’est ce qu’elle tient à l’écart qui est d’ordre traumatique. Les personnes très hypnotisables ne sont pas toutes dissociatives, loin de là, mais une forte hypnotisabilité peut constituer un terrain, surtout lorsqu’elle rencontre une histoire traumatique.

Dans mon travail, cette parenté devient un outil. Regarder une scène depuis une position d’observateur permet d’approcher ce qui était impossible à vivre de l’intérieur, tout en restant présent dans le cabinet. Avec une personne très dissociée, je commence autrement. Laisser venir ce qui monte, les yeux fermés, pourrait la laisser seule face à ce qu’elle ne sait pas encore réguler. Nous travaillons alors les yeux ouverts, dans l’hypnose conversationnelle, et la priorité est de retrouver d’abord de la stabilité.

Comment retrouver davantage de continuité ?

L’alliance est au cœur même de tout accompagnement. C’est elle qui gouverne le rythme, la profondeur du travail et le choix des outils. Elle se construit lorsque vous vous sentez compris, entendu et respecté, en confiance et en sécurité, et concerné par votre propre changement.

Retrouver de la continuité, c’est permettre aux parts de se connaître, de coopérer et de reconnaître ce qui appartient au passé. Une expérience jusque-là repoussée ou vécue comme étrangère peut alors trouver sa place dans l’histoire de la personne et se relier au reste de sa vie.

Accepter la multiplicité peut aider à refaire unité

Lorsqu’une réaction est vécue comme « cette chose qui me gâche la vie », la personne commence souvent par lutter contre elle. Elle veut la faire taire ou lui prouver qu’elle a tort. Mais pour la part qui porte cette réaction, cette pression peut être vécue comme une nouvelle menace.

Faire comme si chaque part avait quelque chose à dire change la rencontre. La peur, la honte ou la colère peuvent alors être approchées avec moins d’hostilité. Ce qui semblait absurde devient compréhensible quand la personne voit ce que cette part attend encore ou cherche à empêcher.

Une part qui se sent entendue a moins besoin de rester à l’écart. Ce qu’elle porte peut être reconnu comme une expérience de la personne, avec son histoire et ses besoins. Reconnaître sa peur ne veut pas dire lui donner raison sur tout. Cela permet de regarder avec elle ce qui a changé depuis. C’est en ce sens qu’accepter d’être plusieurs peut aider à retrouver de l’unité.

Observer en restant présent

Une personne peut ressentir la peur tout en remarquant qu’elle a peur. Elle reste en contact avec l’émotion et dispose d’une marge pour choisir ce qu’elle en fait.

Prendre ce petit recul demande parfois beaucoup d’effort, et l’émotion continue de faire mal. Mais lui laisser une place permet de la rencontrer sans devoir lui obéir tout de suite, lutter contre elle ou la faire disparaître. Cette observation reste reliée au corps, à la relation et à l’endroit où la personne se trouve.

Se sentir très loin de la scène, comme si elle ne vous concernait plus, est une tout autre expérience. Une même invitation à observer peut aider une personne à rester présente, et en éloigner davantage une autre, déjà très coupée d’elle-même. C’est ce que la personne ressent et peut partager qui guide l’accompagnement. Plusieurs approches décrivent la position depuis laquelle rencontrer ses parts, de l’observateur de la pleine conscience au Self de l’IFS et à l’Aware Ego du Voice Dialogue. Je les présente sur la page consacrée à l’accueil des parts.

Approcher à une dose qui permet de rester en relation

La rencontre devient impossible lorsque la personne est submergée, ou lorsqu’elle s’éloigne au point de ne plus pouvoir dire ce qui se passe en elle. La fenêtre de tolérance, cette zone où l’émotion reste supportable, aide à doser.

Même ce qui devrait apaiser peut déclencher une alarme. Porter attention à son corps, ou s’entendre inviter à prendre soin de soi, peut réveiller autre chose que ce que le praticien imaginait. Il faut alors retrouver les conditions qui permettent à la personne de rester en lien avec l’ici et maintenant.

Retrouver de la stabilité n’est pas une étape que l’on franchit une fois pour toutes. Des ressources bien présentes peuvent devenir moins accessibles quand une autre part se présente. Nous approchons, nous revenons, puis nous reprenons ce qui peut l’être. Peu à peu, ce qui a été compris dans un moment calme devient utilisable quand la difficulté revient.

Coopérer, intégrer, fusionner

Coopérer, c’est permettre aux parts d’échanger et de tenir compte de leurs besoins respectifs. Intégrer va plus loin. C’est relier les expériences entre elles, les reconnaître comme siennes, les situer dans le temps et pouvoir s’en servir ensemble.

Dans certains modèles, la fusion désigne le moment où des parties jusque-là distinctes ne font plus qu’une. Je ne décide pas de cet objectif à la place de la personne. Je regarde avec elle ce qui lui permet de vivre, de choisir et d’être en relation avec davantage de liberté.

Il en va de même pour les émotions. Il n’est pas nécessaire qu’une émotion disparaisse complètement pour qu’un vrai changement ait eu lieu. Ce qui compte, c’est qu’elle devienne vivable, et la place que la personne choisit de lui laisser.

Ce qui change dans la vie réelle

La personne remarque plus tôt qu’elle commence à s’éloigner. Elle retrouve ses mots pendant un désaccord, ou reconnaît sa peur sans être entièrement emportée. Un souvenir prend une autre place, une réaction devient compréhensible, une phrase comme « je suis nul » redevient discutable.

L’articulation de l’hypnose, des outils issus de l’EMDR, des approches corporelles et du travail avec les parties est développée sur la page de mon accompagnement du traumatisme complexe. Le cadre général figure sur celle du traumatisme psychologique.

Que se passe-t-il dans le cerveau ?

Les neurosciences ne montrent pas des parties dans le cerveau. Elles étudient comment plusieurs fonctions se coordonnent, ou se désaccordent, pour que nous puissions percevoir, ressentir, nous souvenir et nous reconnaître dans ce qui nous arrive. Certains réseaux du cerveau repèrent ce qui est important autour de nous et dans le corps. D’autres dirigent l’attention, d’autres encore participent au souvenir de sa propre vie. Une recherche a observé que la manière dont ces réseaux communiquent est liée à l’intensité des symptômes dissociatifs.

La psychiatre canadienne Ruth Lanius distingue deux façons de réagir après un trauma. Dans l’une, l’émotion déborde et emporte la personne. Dans l’autre, le cerveau freine l’émotion au point que la personne se sent coupée, loin d’elle-même. Les deux peuvent alterner, et le corps peut rester en alarme pendant que la personne se sent détachée.

L’accès aux souvenirs peut aussi être freiné sans que la personne le décide. Chez deux personnes présentant une amnésie dissociative, des chercheurs ont observé que l’avant du cerveau, le cortex préfrontal, semblait freiner les régions de la mémoire. Ce qui influence une réaction et ce dont la personne se souvient consciemment ne sont pas toujours la même chose.

Ces travaux éclairent certains mécanismes. Mais une PAN ou une PE ne correspond à aucune région visible sur une image du cerveau.

Je développe ces recherches, et leurs limites, sur la page dissociation et cerveau.

Mon cadre et mes limites

Je suis accompagnant et, si le travail sur vous-même, vos émotions, vos apprentissages, vos protections ou certaines expériences passées peut avoir des effets thérapeutiques, je ne suis pour autant ni médecin, ni psychologue, ni psychiatre, ni psychothérapeute. Je ne pose aucun diagnostic.

Dans certaines situations, mon accompagnement peut intervenir en complément du suivi d’un professionnel de santé, que vous m’ayez été adressé(e) par celui-ci, qu’un accompagnement soit déjà en cours ou qu’il me semble nécessaire de vous inviter à en envisager un.

Je n’accompagne pas les personnes de moins de 16 ans, les troubles psychotiques, les personnes engagées dans une logique de passage à l’acte suicidaire, ni les personnes encore exposées à une situation de violence ou de danger. Dans ce dernier cas, la priorité est d’abord la mise en sécurité, et mon travail trouve sa place ensuite, lorsque la situation est suffisamment stabilisée. (En cas d’urgence)

Les pensées suicidaires, même présentes depuis longtemps, ne sont pas en elles-mêmes un motif de refus. Un suivi médical ou psychologique en parallèle se décide au cas par cas.

Questions fréquentes à propos de la dissociation structurelle

Comment savoir si je dissocie ?

Je ne pose pas de diagnostic, mais quelques repères peuvent aider. Vous vous sentez parfois loin de vous ou de ce qui se passe, comme en pilote automatique. Des périodes de votre vie restent floues. Certaines réactions semblent ne pas venir de vous, ou vous font vous sentir soudain beaucoup plus petit que vous n’êtes. Ce qui compte, c’est leur intensité, leur répétition et ce qu’elles coûtent dans votre vie. Une expérience isolée ne suffit pas. Si ces repères vous parlent, nous pouvons en parler ensemble.

Est-ce que tout le monde dissocie ?

Le mot désigne des choses différentes. L’absorption dans un film ou un trajet fait en pilote automatique sont des déplacements de l’attention que presque tout le monde connaît. Un détachement passager, après une nuit blanche ou une crise d’angoisse, est fréquent lui aussi. La dissociation structurelle est autre chose. Ce sont des parts de soi qui ne se rejoignent plus et restent organisées autour de ce qui n’a pas pu être intégré. J’en parle en détail ici.

La dissociation structurelle, est-ce une personnalité multiple ?

Non, dans la grande majorité des cas. Le modèle décrit trois degrés. Le plus souvent, une même partie assure la vie quotidienne, tandis qu’une ou plusieurs autres restent prises dans ce qui a été vécu. Le trouble dissociatif de l’identité correspond aux formes les plus complexes, où plusieurs parties se partagent aussi le quotidien. J’en parle plus haut.

Peut-on retrouver de la continuité entre ses parts ?

C’est le sens du travail. Le but n’est pas de faire disparaître une part, mais de permettre aux parts de se connaître, de coopérer et de savoir ce qui appartient au passé. Le rythme dépend de chaque personne, de ce qu’elle peut traverser et de la relation de travail.

Études scientifiques : dissociation structurelle

Les études qui suivent visent à donner des repères sur certains des phénomènes et des outils évoqués dans cette page. Elles éclairent ma pratique, elles ne la fondent pas.

Les publications suivantes portent sur les définitions de la dissociation, son développement, la mémoire et les mécanismes neurobiologiques. Certaines exposent des modèles cliniques, d’autres rapportent des observations ou des recherches expérimentales. Les travaux consacrés aux approches d’accompagnement sont présentés sur leurs pages respectives.

Ces études portent chacune sur un mécanisme ou une approche particulière. Leur rapprochement permet de comprendre la logique qui guide mes choix. Il ne constitue pas une preuve de l’efficacité de la manière dont je les articule en séance.
La liste des études

Définir la dissociation de la personnalité. Article de modélisation qui précise la notion de parties insuffisamment intégrées, leur perspective de première personne et leurs frontières psychobiologiques. Nijenhuis, E. R. S. et van der Hart, O. – 2011 – « Dissociation in Trauma: A New Definition and Comparison with Previous Formulations ». Journal of Trauma & Dissociation, 12(4), 416–445. (voir)

Distinguer détachement et compartimentation. Revue proposant de distinguer les expériences d’étrangeté envers soi ou le monde et les difficultés d’accès ou de contrôle volontaire de certaines fonctions. Holmes, E. A. et collègues – 2005 – « Are there two qualitatively distinct forms of dissociation? A review and some clinical implications ». Clinical Psychology Review, 25(1), 1–23. (voir)

Les états de conscience dans le développement. Article théorique sur les changements d’état, leur régulation et la construction progressive de liens entre les états. Putnam, F. W. – 1988 – « The switch process in multiple personality disorder and other state-change disorders ». Dissociation, 1(1), 24–32. (voir)

Les soins précoces et la dissociation ultérieure. Suivi de 56 jeunes adultes depuis la petite enfance. La qualité des interactions précoces et les violences verbales contribuent à la prédiction des scores dissociatifs à dix-neuf ans. Dutra, L., Bureau, J.-F., Holmes, B., Lyubchik, A. et Lyons-Ruth, K. – 2009 – « Quality of early care and childhood trauma: a prospective study of developmental pathways to dissociation ». The Journal of Nervous and Mental Disease, 197(6), 383–390. (voir)

Les degrés du modèle structurel. Analyse de deux conceptions de la dissociation, précisant les degrés de complexité et leur articulation avec les diagnostics, notamment le TDI. Van der Hart, O. – 2021 – « Trauma-related dissociation: An analysis of two conflicting models ». European Journal of Trauma & Dissociation, 5, 100210. (voir)

Le diagnostic de trouble de stress post-traumatique complexe. Synthèse sur sa définition dans la CIM-11, ses manifestations et ses différences avec d’autres tableaux cliniques. La dissociation ne fait pas partie des conditions nécessaires du diagnostic. Maercker, A. et collègues – 2022 – « Complex post-traumatic stress disorder ». The Lancet, 400(10345), 60–72. (voir)

La circulation d’informations entre états identitaires. Étude comportementale et neurobiologique auprès de 14 personnes avec un TDI, de 16 simulateurs et de 16 témoins. Elle distingue l’influence des informations pertinentes pour soi et leur accès subjectivement rapporté. Dimitrova, L. I. et collègues – 2024 – « Inter-identity amnesia in dissociative identity disorder resolved: A behavioural and neurobiological study ». Journal of Psychiatric Research, 174, 220–229. (voir)

Les phobies liées au trauma et le travail d’intégration. Texte clinique qui développe le rôle des évitements phobiques, de la relation et des capacités intégratives dans l’accompagnement par phases. Steele, K., van der Hart, O. et Nijenhuis, E. R. S. – 2005 – « Phase-Oriented Treatment of Structural Dissociation in Complex Traumatization: Overcoming Trauma-Related Phobias ». Journal of Trauma & Dissociation, 6(3), 11–53. (voir)

L’intégration des souvenirs et la coopération entre parties. Article clinique sur la synthèse, la personnification, la présentification et l’approche progressive des souvenirs dans les troubles dissociatifs complexes. Van der Hart, O., Steele, K. et Nijenhuis, E. – 2017 – « The treatment of traumatic memories in patients with complex dissociative disorders ». European Journal of Trauma & Dissociation, 1(1), 25–35. (voir)

La généralisation de la peur dans le stress post-traumatique. Recherche expérimentale auprès de 64 femmes avec TSPT lié à des violences infantiles et de 30 témoins. Elle relie l’extension des symptômes dans la vie quotidienne à des différences de traitement des signaux de sécurité. Lis, S. et collègues – 2020 – « Generalization of fear in post-traumatic stress disorder ». Psychophysiology, 57(1), e13422. (voir)

La coordination des grands réseaux cérébraux. Modèle général reliant les réseaux de saillance, de contrôle exécutif et du mode par défaut à plusieurs dimensions du fonctionnement psychique. Menon, V. – 2011 – « Large-scale brain networks and psychopathology: a unifying triple network model ». Trends in Cognitive Sciences, 15(10), 483–506. (voir)

Débordement émotionnel et surmodulation après un trauma. Modèle clinique et neurobiologique distinguant deux profils de régulation, susceptibles d’alterner chez une même personne. Lanius, R. A. et collègues – 2010 – « Emotion modulation in PTSD: Clinical and neurobiological evidence for a dissociative subtype ». American Journal of Psychiatry, 167(6), 640–647. (voir)

Réseaux cérébraux et intensité des symptômes dissociatifs. Étude d’IRM fonctionnelle auprès de 65 femmes avec TSPT et violences infantiles. Une cartographie individualisée permet une estimation modérée de la sévérité dissociative à partir de la connectivité, notamment entre mode par défaut et contrôle frontopariétal. Lebois, L. A. M. et collègues – 2021 – « Large-Scale Functional Brain Network Architecture Changes Associated With Trauma-Related Dissociation ». American Journal of Psychiatry, 178(2), 165–173. (voir)

L’inhibition du rappel dans l’amnésie dissociative. Réanalyse de deux cas, compatible avec un contrôle préfrontal inhibiteur de systèmes mnésiques. Chez une personne, cette configuration n’était plus retrouvée après récupération de la mémoire, tandis qu’elle persistait chez l’autre. Marsh, L. C. et collègues – publication en ligne en 2025, numéro daté de 2024 – « Prefrontally mediated inhibition of memory systems in dissociative amnesia ». Psychological Medicine, 54(16), 4779–4787. (voir)

Décrire les troubles dissociatifs. Classification des discontinuités de la conscience, de la mémoire, de l’identité, de la perception et de la conduite. American Psychiatric Association – 2022 – « Dissociative Disorders ». Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders, Fifth Edition, Text Revision.

La désagrégation et la faiblesse de synthèse. Le livre fondateur. Janet y décrit des souvenirs, des sensations et des gestes qui fonctionnent à l’écart de la conscience, et en rattache la condition à une faiblesse de la synthèse que la fatigue, le sommeil ou l’émotion peuvent produire. Janet, P. – 1889 – « L’Automatisme psychologique ». Félix Alcan.

Une personnalité apparemment normale et une personnalité émotionnelle. Les observations d’un médecin militaire britannique chez les soldats de la Grande Guerre, d’où viennent les termes repris par le modèle structurel. Myers, C. S. – 1940 – « Shell Shock in France 1914-1918 ». Cambridge University Press.

Continu ou discontinu ? Relecture historique des modèles des parties (états du moi, états du soi, modes, complexes) à partir de Janet. Les auteurs concluent que les parties dissociatives liées au trauma ne prolongent pas simplement la personnalité ordinaire. Moskowitz, A. et van der Hart, O. – 2020 – « Historical and contemporary conceptions of trauma-related dissociation: A neo-Janetian critique of models of divided personality ». European Journal of Trauma & Dissociation, 4(2), 100101. (voir)

L’échelle des expériences dissociatives. L’article qui présente l’échelle de référence de la dissociation, celle qui mesure sur une même ligne le pilote automatique, l’absorption, les trous de mémoire et le sentiment d’irréalité. Les auteurs y posent que la dissociation survient à un certain degré chez des personnes sans trouble, et plus souvent dans les troubles psychiques importants. C’est de là que vient l’idée d’une dissociation « normale ». Bernstein, E. M. et Putnam, F. W. – 1986 – « Development, reliability, and validity of a dissociation scale ». The Journal of Nervous and Mental Disease, 174(12), 727–735. (voir)

Le dessert et la minceur. Essai d’économiste sur le combat intime pour la maîtrise de soi, qui prend pour exemple la personne qui veut un corps mince et celle qui veut le dessert, comme si elle avait deux moi. Schelling, T. C. – 1980 – « The intimate contest for self-command ». The Public Interest, 60, 94–118.

Les désirs de tous les jours. Pendant une semaine, 205 adultes ont signalé leurs désirs plusieurs fois par jour. Un désir était présent une fois sur deux, et près de la moitié entraient au moins un peu en conflit avec un autre but. Les auteurs les décrivent comme fréquents et le plus souvent sans difficulté. Hofmann, W., Baumeister, R. F., Förster, G. et Vohs, K. D. – 2012 – « Everyday temptations: An experience sampling study of desire, conflict, and self-control ». Journal of Personality and Social Psychology, 102(6), 1318–1335. (voir)

Le trauma caché. Synthèse de cohortes suivies depuis la petite enfance jusqu’à dix-neuf ans. Les ruptures de communication et l’indisponibilité de la mère, avec la désorganisation de l’attachement dans les deux premières années, y prédisent la dissociation du jeune adulte davantage que les traumatismes ultérieurs. Lyons-Ruth, K., Dutra, L., Schuder, M. R. et Bianchi, I. – 2006 – « From infant attachment disorganization to adult dissociation: relational adaptations or traumatic experiences? ». Psychiatric Clinics of North America, 29(1), 63–86. (voir)

Se souvenir et revivre. Étude auprès de 74 femmes avec un TSPT et de 504 étudiants. Les états de conscience modifiés liés au trauma (revivre, se sentir hors de son corps, ne plus ressentir) y sont moins fréquents et se distinguent de la détresse vécue en conscience ordinaire. Frewen, P. A. et Lanius, R. A. – 2014 – « Trauma-related altered states of consciousness: Exploring the 4-D model ». Journal of Trauma & Dissociation, 15(4), 436–456. (voir)

L’observateur caché. Le livre où Ernest Hilgard expose sa théorie de la conscience divisée, à partir de ses expériences d’hypnose. Hilgard, E. R. – 1977 – « Divided Consciousness: Multiple Controls in Human Thought and Action ». Wiley.

L’hypnotisabilité comme terrain. Modèle selon lequel une forte hypnotisabilité, lorsqu’elle rencontre une expérience traumatique, peut favoriser des symptômes dissociatifs. Butler, L. D., Duran, R. E. F., Jasiukaitis, P., Koopman, C. et Spiegel, D. – 1996 – « Hypnotizability and traumatic experience: a diathesis-stress model of dissociative symptomatology ». American Journal of Psychiatry, 153(7, supplément), 42–63. (voir)

Deux sous-types dissociatifs. Comparaison du sous-type dissociatif du TSPT et d’un sous-type dissociatif chez les personnes très sensibles à la suggestion, sur le plan des antécédents, des symptômes, de la cognition et de l’imagerie. Terhune, D. B. et Cardeña, E. – 2015 – « Dissociative subtypes in posttraumatic stress disorders and hypnosis: neurocognitive parallels and clinical implications ». Current Directions in Psychological Science, 24(6), 452–457. (voir)

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